ATTENTION !

Tous ces textes sont loin d'être parfaits !
Surtout qu'ils datent, pour la plupart, de quelques années...

Grâce à tous ces ateliers, j'ai énormément évolué, et pas uniquement dans mon écriture.
J'aimerais remercier tout particulièrement l'écrivain/animateur d'ateliers,
Jacques-François PIQUET (il a un site)
qui m'a permis de découvrir la magie des ateliers d'écriture.


Quelques textes personnels issus d'ateliers d'écriture

Atelier Gribougif
auto-animé


Phrase en italique imposée


Ecrit en 2001

Petit nuage

Il y a longtemps
au marché de Pondichéry,
pour une pincée de cannelle
et trois grains de riz,
j'ai acheté
un nuage.

Je ne savais pas quoi en faire.
Devais-je le traîner en laisse ? J'ai pensé qu'il n'apprécierait pas et qu'il aurait pleuré tout le temps.
Pouvais-je le mettre en cage, au moins pour le trajet jusqu'à mon jardin ? Il se serait évaporé, sans nul doute.
Alors que je réfléchissais devant un étalage d'épices, mon nuage se plaça au-dessus de moi. J'essayais de trouver une solution.
Un soupir me vint et à ce moment, les épices me montèrent à la tête. Je voyais des souvenirs exotiques danser tout autour de moi, des forêts peuplées de bruits étranges, des chansons voyageant d'instruments en instruments.
Soudain j'éternuai. Le poivre me ramena à la réalité. Je compris que j'avais eu la tête dans mon nuage.
Un souci me troubla. Pourquoi étais-je venu ici, si loin de mon ancienne vie ? Pour fuir ? Pour me retrouver seul ? Je ne voyais plus Pondichéry comme une ville colorée.
Alors, la cannelle me redonna le goût de vivre. Mon nuage était passé dans mon cour et descendait encore.
Quand il fut arrivé au niveau de mes pieds, je fermai les yeux. Je rêvais, et me sentais libre, léger.
Lorsque je rouvris  les yeux, je m'aperçus que j'étais sur mon nuage, que je volais au-dessus de nombreuses maisons, de villes, de pays.
J'étais heureux. C'est alors que je baptisai mon nuage : "Bonheur".

Hervé PHILIPPE  

Atelier animé par
Jean-Noël BLANC
(Prix Renaissance 1995)


Thème :  "Ecrire moins pour exprimer plus"


Ecrit à Lombez,
du 7 juillet au
13 juillet 2001

 Logis-ciel

Le claquement d'une porte résonne dans l'appartement.

"Ca s'est papa. Pour faire les maisons dans le ciel, il s'enferme toujours dans son bureau avec son copain, Nordine. Maman elle aime pas du tout Nordine. Elle dit que papa il est toujours avec lui et jamais avec elle. Maman elle comprend rien du tout. Nordine il est très gentil, même qu'il est descendu de sa planète dans le ciel que pour aider papa! Moi, j'aimerais bien le voir, Nordine. Papa dit qu'il ressemble à rien et qu'il fait du bruit, avec un ventilateur. Un jour je lui ai demandé: est-ce qu'ils sont tous comme ça, dans sa famille? Il m'a dit que oui. Elle doit être drôlement bien, la famille Nateur!"

Sa mère crie dans le salon, mais il n'entend que quelques mots.

"J'aime les nuages. Surtout les gros qui sont sous mon lit. Maman elle est très méchante, elle veut les balayer! Mais moi je vais tous les sauver et les mettre dans des maisons qu'on pourra pas casser."

Il s'agite et prend à pleines mains des briques rouges et blanches, mâchonnées, mordues, comme les capuchons de ses stylos. Il place une grosse bille de poussière devant lui.

"Et pour toi, je vais faire un super-gros château! Avec une grande tour au milieu, pour te protéger. Tu vas voir papa, je vais être comme toi. Un fort marticien. Le plus fort maticien du monde! Je vais aussi faire une grande ville avec plein de maisons, et après, comme toi, je vais la connecter au ciel.
Comme ça, maman, elle pourra plus tuer mes copains".

Il se dandine et grince des dents: son père est revenu dans le salon et parle trop fort. Il a les poings serrés. Un morceau de légo se tord dans sa bouche.

"Papa il parle souvent des plantages que son copain il fait tout le temps. Je vais faire pareil! Mais moi je vais planter des poissons. J'aime bien les poissons. Il ne crient jamais."

Il se lève et sort de sa chambre. Il écrase ses deux mains sur ses deux oreilles, court à la salle de bains et ouvre la porte avec son coude. Dès qu'il trouve le petit poisson en plastique, il détache sa main droite de son oreille, met le poisson dans sa poche et sa main revient instantanément le cogner. Il court vers sa chambre et s'y enferme, en laissant à l'air libre ses oreilles rougies.
Il peut encore entendre son père crier: "t'as même pas su élever ton fils!". Il se met alors à murmurer en se balançant.
Le bras tendu, la main crispée sur un stylo, il poignarde à plusieurs reprises la moquette. Le plancher apparaît en dessous. Il enterre le petit poisson.

"Voilà! Dans pas longtemps, y aura plein de poissons qui vont pousser!"

Son père hurle maintenant. "C'est TA faute s'il parle plus! T'arrête pas d'jacasser! Tu peux pas la fermer, non? C'est trop dur pour toi?"
Il prend deux briques et les frappe entre elles pour les assembler. Il refait ce geste plusieurs fois.

"Mes copains-nuages, j'ai presque fini! Vous allez bientôt dormir dans vos maisons! Faut pas avoir peur, le roi qui est dans son château vous protégera!"

Sa mère se met à pleurer.
Il entasse la poussière qu'il y a tout autour et, avec ses mains moites, il en fait des billes. Ensuite, il les jette dans les maisons, et remet les couvercles de carton.

"Maintenant les enfants, au dodo! Vous allez faire des rêves très très beaux. Et en plus je vais connecter au ciel toutes vos maisons, comme papa il fait avec son copain, Monsieur Nordine Nateur."

Il ramasse le petit tas de poussière qui reste et l'enfonce dans ses oreilles. Il se met en boule et ferme les yeux.
"Ernest, tu peux ouvrir la porte, c'est maman!"
Il est recroquevillé. Il n'a pas l'air de respirer.

Il fait le mort.
Tobie n'a jamais vu son maître dans cet état. Il jappe.
"C'est toi Tom ? Tu es revenu ? Viens près de moi ! Tu as dû te perdre dans la lande. Tu dois être très fatigué. Viens dans mes bras, mon petit."
Le chien saute sur les genoux de son maître. MacGrégor se met à pleurer de joie en l'embrassant.
"Tu sais, Tom, j'ai eu très peur. Je croyais que t'étais mort ! Reste ici, tu vas voir, tu vas être heureux. Maman est partie, mais il va être très gentil avec toi, papa. Tu verras. On va être bien, tous les deux."
Le chien lèche les larmes de son maître.
"Ah, Tom, mon petit Tom. Tu es donc revenu. Pourquoi tu n'avais pas pris ton collier porte-bonheur ? Attends, je vais te l'chercher !"
Il pose le chien par terre et ouvre un tiroir. Il en ressort une boîte qui contient une photo et quelques objets. Il prend un collier avec un pendentif en forme de croix celtique.
"Tu vois, Tom ? Tu le reconnais ? C'est ton porte-bonheur !"
Il met le collier autour du cou de Tobie. Il a un peu de mal à le fermer mais y arrive.
"Maintenant, tu es protégé par la croix. Aucun malheur ne peut t'arriver. Tu peux aller retrouver tous tes copains. Ils vont être contents de te revoir. Surtout Martin, je l'ai vu aujourd'hui. Il te cherchait."
Le chien reste planté là. MacGrégor se lève et va ouvrir la porte.
"Mais vas-y ! Cherche tes copains, va à la croix, cours jusqu'au muret, cherche !"
Tobie se rue dehors. La porte claque. Le chien disparaît.
MacGrégor est seul. La maison de pierre ne le protège plus, elle n'est plus assez solide. Il a froid. Une vision lui revient. C'est Martin devant la croix.
MacGrégor est secoué par un sanglot. Tom est parti. Pour toujours.

Il sursaute. Quelqu'un frappe à la porte.
Martin apparaît avec le collier autour du cou. Ils se sourient.
Martin a enfin trouvé un regard de père.

Hervé PHILIPPE  

Atelier Gribougif
auto-animé


Ecrit en 2000

Tout savoir sur "l'informaticien" :
qu'est-ce que c'est, comment ça marche

L'informaticien est dérivé de l'homo-sapiens-sapiens. On peut dire que c'est une évolution, mais de là à dire que cette évolution serait bénéfique... Non, c'est plutôt une divergence, comme un changement qui ne serait pas une progression.

Si on le regarde, l'informaticien, on pourrait penser qu'il est presque normal ; même, qu'il aurait une vie comme tout le monde, en dehors de son travail. Mais il n'en est rien ! Je vous l'assure : l'informaticien est bien une race à part.

Il faut analyser sa vie pour bien en comprendre l'étrangeté. Pour cela, il faut l'étudier comme on le fait avec les singes, en cage. Ce qui est surprenant, c'est que, contrairement aux animaux, il aime bien rester enfermé. D'ailleurs, il suffit de placer devant lui un ordinateur pour qu'il reste devant des dizaines d'heures sans bouger. Il ne faut pas s'en étonner : cet animal a peu de rapports avec l'être humain, si ce n'est peut-être, la physiologie... Quoique : les lunettes sont pour lui comme un organe supplémentaire.

L'alimentation principale de l'informaticien est composée de pizzas et de coca-cola (cela s'explique par son origine dont on prétend qu'elle serait américaine). A regarder de plus prêt, son régime alimentaire surprend par son irrégularité : contrairement à l'être humain, l'informaticien n'a pas trois repas par jour ; non, il en a, au maximum, trois. Il y a même certains jours où il peut se passer d'un véritable déjeuner. Mais, vu que sa physiologie se rapproche de celle de l'homme, il est obligé de se nourrir. Pour cela, il ingurgite toutes sortes de coupe-faim allant des sucreries aux pistaches, ou aux cacahuètes. Sur ce point, on peut noter sa ressemblance avec les chimpanzés.

Si on essaye de l'interroger, il ne vous répondra pas directement : il ne parle qu'à son ordinateur. Il reste face à lui. Il dira donc précipitamment qu'il n'a ni le temps de manger, ni le temps de parler : il "programme".

Hervé PHILIPPE  

Atelier animé par
Georges-Olivier
CHÂTEAUREYNAUD

(Prix  Renaudot 1982)


Genre : nouvelle


Ecrit en 1999

 La mer, les rocailles, un être se noie sans prendre garde qu'on l'observe

Il avait tout perdu : sa fierté, sa passion, ses espoirs.
Des bouteilles, devant lui, dansaient, vides et sans expression, comme des fantômes perdus.
Il croyait être arrivé au bout du monde ; tout lui paraissait maintenant sans fondement, sans but.
Que restait-il à voir ? Rien. Il avait vu toutes les images que la ville pouvait créer, avait prêté l'oreille à tous les sons et les musiques que les hommes pouvaient réaliser.
Que restait-il à boire ? Rien non plus. Un glaçon se noyait lentement, sous ses yeux. Curieusement, il y prenait du plaisir. Il se prit pour un dieu tout puissant : lui seul pouvait sauver ce glaçon de la noyade inéluctable. Il se redressa et regarda le verre, d'en haut. Il se décida à repêcher le pauvre innocent du fond de son verre. Mais ses doigts tâtonnèrent lamentablement, et son regard se balada de bouteilles en bouteilles, cherchant le verre et son prisonnier et ne trouvant que des cadavres. Il entendit un bruit de verres et, d'un coup, il vit distinctement, sur la table, un bout de glaçon qui disparût. Il avait encore échoué. Pourtant il n'y avait plus de preuves du naufrage : il observait, anéanti, la petite flaque d'eau.
Non, il n'y avait rien à faire : tout lui échappait. Il se voyait comme une apparition, un épouvantail qui ne pouvait pas bouger par sa propre volonté. C'était le vent qui décidait de sa direction, vers où il allait marcher.
Sur un coup de tête, il sortit de chez lui, il courut, ne sachant plus où aller il s'éloigna de la ville et de ses lumières, fuit les bruits et la foule. Il partait pour vivre quelques heures et, enfin, mourir.

Il était parvenu à une plaine, où le vent soufflait comme son cour battait. Il avait pris le train pour se retrouver seul, dans le noir de la nuit.
Son désespoir l'avait conduit ici, dans cet endroit qui convenait à sa solitude, et qui le surprenait par la présence d'un souffle de vie banal et immortel.
Il faisait nuit depuis maintenant quelques heures mais dans le ciel, un éclat blanc donnait aux herbes et aux arbres la délicieuse clarté lumineuse. On voyait les flaques d'eau refléter avec respect et joie la ronde brillance qui semblait surnaturelle alors qu'elle n'était que naturelle.
Isolé, un homme au milieu de la nature est en fait lié avec de multitudes vies.
L'air qu'il respirait était sain car empli d'êtres vivants, l'herbe inégale représentait l'indéfinissable destin : la mort côtoyait la vie, qui était elle-même multiforme.
Il se sentait bien, mais vide. Le sens, ou plutôt le non-sens de sa vie passée avait disparu, balayé par la vie présente qui était si forte. L'humain était cette partie de l'univers, insignifiante et impuissante face à la nature et au présent.
Etre planté là, et ne penser à rien lui était agréable.
Pourtant, il se mit à avancer, tout droit, comme si quelqu'un le poussait. Son destin était en marche, il le savait. Le « rien » ambiant de ce matin n'était plus qu'un rêve, sa vie passée, morte, était enterrée dans de profondes oubliettes.
Pas après pas, il marchait dans l'herbe mouillée, vers les rochers au loin. Il n'avait pas peur : pourquoi appréhender ce qu'il avait décidé, ce qui était irrémédiable ?
Blanches, les grosses pierres se rapprochaient et se montraient solidaires avec la nature entière : les extrémités scintillaient d'un blanc irréel, le vent s'y accrochait avec une cruelle obstination.
Puis un bruit devint de plus en plus fort, c'était comme un souffle, une personne qui respirait. Ce souffle provenait de derrière les rochers, et s'alliait avec le vent.
Il avançait d'un pas égal, vers la sépulture de craie. Il n'avait rien d'autre à l'esprit. Marcher, tout droit, jusqu'aux rochers, et même plus loin s'il le fallait.
Il se rappela une citation de Jean Tardieu : "Etant donné un mur, qu'y a-t-il derrière ?"
Le vent lui conseillait de s'envoler, de partir et rebrousser chemin. Il ne pouvait renoncer : il suivait sa lumière, et son ombre était derrière lui.
Puis, à quelques mètres, des « rochers » lui bloquaient à présent son chemin et il s'arrêta : il venait d'entendre une sorte de mélodie. Des notes s'enfuyaient elles aussi, mais vers lui. Il les accueillit avec d'autant plus de ferveur qu'il allait à leur rencontre. Il escalada, ne faisant qu'accepter sa décision (ou son destin). Il grimpa, grimpa tant qu'il arriva bientôt tout en haut. Et là, il s'arrêta, cloué sur place. Le vent et les embruns lui fouettaient le visage avec fougue. La mer était juste à ses pieds. Sur des énormes vagues, une lune toute ronde flottait.
Il pouvait maintenant entendre la musique, mais elle semblait lointaine et s'entremêlait avec le chaos des vagues se brisant sur la falaise.
Il était à la merci des éléments. Il suffisait d'un coup de vent, un pas de trop, pour conclure cette histoire qui avait mal commencé.
Pour la première fois, il regarda en arrière. Il vit la plaine, d'une platitude infinie, qui parcourait des centaines de mètres et se perdait finalement dans le noir. Ces souvenirs s'évanouissant face à la mer, il resta là, devant la joie de vivre qui se déchaînait, rythmée par une mélodie imperceptible et subtile.
La tempête était à ses pieds, lui, était aux pieds du monde et rien ne semblait plus beau que ce paysage, plus mystérieux (incompréhensible) et plus réel que ce bonheur de se sentir vivre !
Mais, ce qu'il ne savait pas, c'était que la vie est d'autant plus intense que la mort est proche. Il pouvait glisser sur un morceau de craie, se raccrocher pour ne pas tomber, et pourtant, partir sans le vouloir, en glissant lamentablement et inexorablement, sans recours possible.
Mais non, il restait là, se ballottant au gré du vent et du sol, au gré de la musique, aussi.
Il repensait à son enfance, dans le berceau amical et maternel, en entendant des paroles sur fond de mélodie qui endort. Mais les paroles ne venaient pas. Il avait beau tendre l'oreille, il ne percevait que ces notes envoûtantes.
Soudain surpris par une intonation, une accentuation qui lui semblait impossible, il fut entouré par un brouillard épais, il n'y avait plus de lune, il ne voyait plus rien, mais il ressentait tout, toutes les notes inconcevables, toutes les souffrances, mais surtout tous les bonheurs et les joies de la terre.
Puis il fut attiré par la mer, en-dessous, et sauta, d'un commun accord entre lui et toutes les choses du monde.
Il ne ressentit plus de souffrance mais un apaisement invincible.
Il vit une lumière blanche, juste devant ses yeux, et comprit qu'il vivait réellement à cet instant précis : il était invulnérable et éternel.
Il entendit alors une voix, La Voix qui ordonne tout, celle qu'il avait cherchée. Il lâcha prise et oublia sa vie sur terre. La Voix le gouvernait et décidait ; lui, il écoutait, impuissant. Il ressentit dans tout son cour le mot "
naissance".
Puis le noir l'emmaillota et la mort le réfrigéra.


Etendu sur le sol, un homme endormi se réveille lentement. Une machine se remet en fonctionnement, le cour se remet à battre, les paupières à bouger. Le sang circule à nouveau dans ses membres. Tout son être se réchauffe.
Par un effort considérable, il ouvre les yeux. Il est alors ébloui par des lumières braquées sur lui.
Il entend des gens qui parlent, puis, soudain, un cri perçant brise le ronronnement ambiant, puis une clameur s'amplifie et toutes les personnes (il doit y en avoir une vingtaine), viennent observer le centre de leurs préoccupations.
Il ne comprend pas ; que font ces hommes et ces femmes, tout sourires et larmes aux yeux ?
Une femme vient près de lui et lui demande si tout va bien.
" Mais oui, bien sûr, tout va bien ! Que s'est-il passé ? "
On le fait asseoir, adossé à un rocher blanc. Devant lui, indistinct car à l'extérieur du cercle lumineux, il semble voir une statue.
On l'aide à se lever, il s'approche de la statue. Il s'arrête, interdit. On lui dit que c'est une statue faite il y a plus de 200 ans, que c'était quelqu'un qui s'était suicidé, faute d'avoir pu vivre à son époque, tout seul, sans espoir.
Il reste là, planté, en essayant de se remémorer une histoire, une vieille histoire. Il a l'étrange impression de connaître cet homme devant lui, transformé en pierre.
On lui dit de se reposer, et il se recouche avec l'insistance des sauveteurs. D'après ce qu'il voit et ce qu'il entend, il apprend qu'il s'est évanoui, après avoir crié le nom de Dieu.

Une femme qui se trouvait là avait repéré quelqu'un qui s'approchait de la falaise et qui paraissait à bout.
Elle l'avait vu au sommet (de la falaise) en chantant une musique si belle et si étrange, qu'elle semblait irréelle. La voix de cet homme avait quelque chose d'inhumain.
La femme s'approcha de lui en courant, comprenant qu'il se passait une scène dramatique. « Il va se jeter à la mer, se répétait-elle ! ».
Elle courut vers le haut de la falaise et fut arrêtée par un cri déchirant la nuit.
Au même moment, la mer se déchaîna et un éclair, avec un coup de tonnerre assourdissant, apparut et frappa la falaise.
Elle resta sur place, sidérée. Elle ne comprenait pas. La nuit était claire, elle avait vu la lune quelques minutes avant, et voici qu'il y avait un orage, maintenant !
Après quelques instants, elle regarda vers le ciel et revit la lune. Elle se précipita alors : l'homme avait peut-être sauté dans le vide !
Arrivée sur le promontoire en craie, sa première impression (vision) fut l'horreur de ne trouver personne. Le cour battant, elle regarda en bas, dans la mer, mais ne vit rien (de toutes façons, c'était beaucoup trop haut pour voir quelqu'un se noyer).
Elle se retourna soudain et vit, devant elle, un homme étendu au pied d'une statue.

Le bref récit qu'on vient de lui faire ne le convainc pas.
Il ne se souvient de rien, pas même de sa vie avant cet « accident ».
L'équipe de secours et la femme lui proposent de venir se reposer à l'hôpital.
Il s'installe dans la voiture, ne sachant que penser de cette histoire.
Regardant une dernière fois la statue, il quitte ce lieu, où il a laissé expirer les dernières heures de sa vie passée.

Hervé PHILIPPE  

Atelier animé par
Jacques-François Piquet
(visiter son
site))


A la manière
d'Italo CALVINO
dans "les villes invisibles"


Ecrit en 1998

La ville et les rêves

Les remparts tout autour de Siraève ne sont pas menaçants, ils sont invisibles. C'est une brume dense qui protège la ville.
Quand on y entre, on se fait déshabiller entièrement, on perd tout ; les repères carrés qui nous enfermaient s'évaporent.
On ferme les yeux quelques instants, puis une douce voix vient nous guider, et nos yeux flottent au-dessus de la ville, simplement et librement.
On est bien, dans Siraève. Rien ne choque, tout est clair et coloré, les maisons peuvent voler, parler entre elles, changer de formes, on trouve ça normal, naturel.
D'ailleurs, chaque visiteur la modèle comme il le souhaite. Un palmier ici, un sapin enneigé là, une sirène qui se repose, un château de cristal...
Les habitants passent d'une maison à l'autre, changent de visages, voyagent, s'arrêtent finalement dans un lieu inconnu, et se posent sur un arbre, papillons multicolores, si légers qu'ils peuvent aller partout.
On a envie d'y rester, toute la vie, à Siraève.
Bavardant avec des amis, des parents, sautillant sur des souvenirs, passés ou futurs, ou explorant l'intérieur d'un miroir...
On perd la notion du temps, mais la ville est soumise à des lois...
Aussitôt que l'on tend l'oreille pour savoir ce qui se passe hors de ces murs, dès que l'on entend le moindre son venant de l'extérieur, on est comme aspiré par la porte et projeté vers la lumière, tout nu et encore tout mouillé d'images et de souvenirs.
La porte se referme, et on se sèche en s'habituant à l'air ambiant.
Siraève disparaît finalement, et on se rhabille.

Hervé PHILIPPE  

Atelier animé par
Patrick SOUCHON


Phrases en italique
de Charles Juliet


Ecrit en 1997

Essayer d'écrire...

Vous ai-je déjà dit que je compose la plupart de mes poèmes en marchant ?
C'est vrai, les mots viennent ainsi, je les récupère comme les gouttes d'une eau délicieuse et délicate, avec le rythme de mes pas qui m'accompagne et me fait prendre conscience de ma réalité. Je marche, comme ça, pendant des heures, en chantant les mots qui tourbillonnent avec moi, papillons vaguement beaux, qui cachent sous leurs ailes des couleurs invisibles.

Après avoir mis ce texte au point, je n'ai cessé de me répéter que je devais le laisser tel quel, qu'il était bien comme ça. Mais je savais qu'avec le recul j'allais le considérer comme un premier jet, et je l'aurais perdu tout à fait.
Sur le moment, on pense sincèrement qu'il est bouclé, ce texte avec qui on a voyagé. Mais après avoir parcouru d'autres mots, d'autres phrases, on change d'avis.

Parfois, des mots m'échappaient...
Rêve, musique, orage, sentiment, courage... Je ne pouvais rien maîtriser et les mots décrivaient un parterre de fleurs, une montagne, un chalet, un paysage lointain, une nature trop belle, et, enfin, un soleil condescendant.

Je m'étalais sur l'herbe, comme un lac qui a trouvé son nid.

Hervé PHILIPPE  

Atelier animé par
Jacques-François Piquet
(visiter son
site))


Genre : crime


Ecrit en 1997

Le rock était trop dur

Je me retrouve enfin chez moi, seul, avec un silence qui me fait un immense bien.

C'était fini, le métro rempli, puis le train, avec, en prime, tout le brouhaha de la foule qui part en week-end. Peu après avoir refermé la porte, soulagé de ne rien entendre, je me précipite vers le fauteuil pour apprécier le calme tant espéré.

Je me laisse tomber. Mais je sursaute soudain. Boom... Boom... Boom... Ça ressemble à des coups de canons, mais très réguliers. Après un moment, je réalise : oh ! non ! C'est encore mon voisin du haut, ce sal' petit jeune qui se croit tout permis ! Depuis 3 semaines qu'il est là, je lui ai déjà dit mille fois qu'il ne devait pas mettre trop fort sa chaîne... Il me répondait qu'il aimait la musique de sa génération, et que c'était normal d'écouter du Hard Rock et du Hard Core. Il baissait quand même le volume, pour que je le laisse tranquille...

Mais aujourd'hui, c'en est trop. Boom... Boom... Boom... Mon regard se pose sur ma collection de cailloux et de fossiles. En un mouvement, je prends un gros morceau de granit, je sors et me précipite à la porte d'en haut. Je frappe énergiquement et, la porte à peine entrouverte, j'y jette à pleine force la grosse pierre, au niveau du visage. Boom... Boom, Boom... Son corps est tombé, il va se raidir. Le rock était trop dur.

Hervé PHILIPPE  




Page mise à jour le 18 octobre 2002